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Cyberpédocriminalité : les nouveaux risques à l'ère de l'intelligence artificielle

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LOCK-T
il y a 14 heures
6 min de lecture

Le développement des réseaux sociaux et des nouvelles technologies a profondément transformé les modes opératoires des pédocriminels. Du grooming à la sextorsion, en passant par la création de contenus sexuels artificiels grâce à l'intelligence artificielle (ci-après « l’IA »), les risques auxquels sont exposés les mineurs se diversifient. Face à ces pratiques, les autorités publiques, les associations et les acteurs du numérique renforcent leurs dispositifs de prévention et de répression. L'enjeu est désormais de protéger les enfants contre ces violences tout en préservant leur vie privée et leurs données personnelles.


I. La cyberpédocriminalité : des pratiques facilitées par le numérique

La cyberpédocriminalité désigne les infractions à caractère sexuel commises à l'encontre des mineurs au moyen des technologies numériques ou facilitées par celles-ci. Si les violences sexuelles contre les enfants existaient bien avant Internet, le développement des réseaux sociaux, des plateformes de jeux et des messageries a créé de nouvelles possibilités de manipulation et d'exploitation.


Les auteurs de violences sexuelles peuvent appartenir à l'entourage familial ou relationnel des victimes, mais l'environnement numérique permet également à des individus inconnus d'entrer directement en contact avec des mineurs.


Le partage de photographies et de vidéos d'enfants par leurs parents sur les réseaux sociaux, communément appelé sharenting, constitue un risque supplémentaire. Ces publications peuvent être enregistrées, reproduites et détournées à des fins malveillantes, parfois au sein de réseaux pédocriminels. Elles contribuent également à la constitution d'une empreinte numérique de l'enfant sans que celui-ci soit nécessairement en mesure d'en comprendre les conséquences. La loi du 19 février 2024 visant à garantir le respect du droit à l'image des enfants a renforcé la prise en compte de cet enjeu dans l'exercice de l'autorité parentale.


Les pédocriminels peuvent également détourner les réseaux sociaux et les plateformes de jeux pour approcher leurs victimes. Comme évoqué dans notre article consacré à la protection des mineurs sur les réseaux sociaux, ces espaces numériques occupent une place importante dans les pratiques quotidiennes des jeunes. Des services comme TikTok, Instagram, Roblox ou Discord peuvent ainsi être utilisés pour établir un premier contact, avant que les échanges ne se poursuivent éventuellement sur des messageries privées telles que WhatsApp ou Telegram.


Parmi les principaux modes opératoires figure le grooming, qui désigne le processus par lequel un individu gagne progressivement la confiance d'un mineur à des fins sexuelles. L'auteur peut se faire passer pour un enfant du même âge, adopter une attitude bienveillante ou exploiter les informations personnelles publiées par sa victime afin de la manipuler.


Cette mise en confiance peut conduire à la sextorsion, une forme de chantage consistant à menacer de diffuser des images ou vidéos intimes afin d'obtenir de nouveaux contenus, de l'argent ou d'autres actes. Toutefois, la sextorsion peut également intervenir sans phase préalable de grooming, notamment à la suite d'une tromperie ou de la récupération frauduleuse d'images.


La victime se retrouve alors confrontée à des pressions psychologiques importantes, la peur d'une divulgation auprès de ses proches pouvant l'empêcher de demander de l'aide.


II. L'intelligence artificielle : un facteur d'aggravation des risques

L'intelligence artificielle générative permet désormais de produire ou de modifier des images, des vidéos et des voix à partir de données existantes. Si ces technologies présentent de nombreuses applications légitimes, elles peuvent également être détournées à des fins pédocriminelles.


À partir d'une simple photographie récupérée sur Internet, certains outils permettent de générer des représentations artificielles à caractère sexuel mettant en scène des mineurs. Ces manipulations sont notamment associées aux deepfakes, qui consistent à produire des contenus synthétiques donnant l'apparence d'une situation réelle.


Ces pratiques présentent plusieurs dangers. Elles peuvent porter gravement atteinte à la dignité, à la réputation et à la vie privée des enfants dont l'image est détournée. Elles peuvent également alimenter la circulation de contenus pédocriminels et compliquer les investigations, notamment lorsqu'il devient difficile de distinguer les images représentant des victimes réelles des contenus entièrement synthétiques.


Dans certains réseaux criminels, les contenus représentant des abus sexuels sur mineurs peuvent servir de moyens d'échange ou de conditions d'accès à des communautés clandestines. L'intelligence artificielle est susceptible d'alimenter ces pratiques en facilitant la production de nouvelles représentations.


Le caractère artificiel d'une image ne signifie toutefois pas qu'elle échappe nécessairement au droit pénal. En France, l'article 227-23 du Code pénal réprime notamment certains comportements relatifs aux images ou représentations pornographiques de mineurs. La qualification dépend des caractéristiques du contenu et des actes effectivement commis.


L'IA peut également renforcer les techniques de manipulation utilisées par les pédocriminels. La création de faux profils, l'imitation d'une voix ou la génération de messages peuvent contribuer à rendre plus crédible une identité fictive et faciliter les mécanismes de grooming.


Toutefois, ces technologies peuvent aussi constituer des outils de lutte contre la cyberpédocriminalité. Des systèmes d'analyse d'images et de détection de contenus illicites peuvent notamment contribuer à identifier des contenus représentant des abus sexuels sur mineurs et à faciliter le travail des enquêteurs.


Certaines initiatives privées utilisent également des identités fictives pour entrer en contact avec des personnes soupçonnées de solliciter sexuellement des mineurs. Ces pratiques, parfois associées aux « chasseurs de pédocriminels », doivent néanmoins être distinguées des investigations conduites par les autorités habilitées. Elles peuvent soulever des difficultés juridiques concernant la collecte de preuves, la protection des données personnelles et le bon déroulement des enquêtes pénales.


L'intelligence artificielle apparaît ainsi comme un outil ambivalent, susceptible de faciliter certaines infractions, mais également de contribuer à leur détection.


III. Les mesures de prévention et de répression de la cyberpédocriminalité

La lutte contre la cyberpédocriminalité repose sur une approche associant sensibilisation, accompagnement des victimes, responsabilisation des plateformes et répression pénale.


La prévention constitue un premier levier essentiel. Les campagnes de sensibilisation destinées aux parents et aux mineurs permettent notamment de rappeler les risques liés au partage d'informations personnelles, aux sollicitations d'inconnus et à la diffusion de contenus intimes. Les actions menées en milieu scolaire contribuent également à développer les connaissances des jeunes sur les dangers liés aux réseaux sociaux et à l'utilisation de l'IA.


En France, le 3018 constitue un dispositif national d'accompagnement des victimes de harcèlement et de violences numériques. Gratuit, anonyme et confidentiel, il est accessible sept jours sur sept, de 9 heures à 23 heures en métropole. Il permet aux mineurs, à leurs proches et aux témoins de bénéficier d'une écoute et d'un accompagnement adapté, notamment pour faciliter le signalement et le retrait de contenus préjudiciables. Les contenus susceptibles de constituer une infraction peuvent également être signalés sur la plateforme PHAROS.


Les entreprises technologiques sont également appelées à renforcer la sécurité de leurs services. Le 23 avril 2024, plusieurs acteurs, dont Amazon, Google, Meta, Microsoft et OpenAI, ont adhéré aux principes de Safety by Design portés par Thorn et All Tech Is Human. Ces engagements volontaires visent notamment à prévenir la production et la diffusion de contenus représentant des abus sexuels sur mineurs générés par IA.


Cette démarche s'inscrit dans une logique de prévention dès la conception des technologies. Elle complète les obligations juridiques applicables aux plateformes, notamment celles prévues par le règlement européen sur les services numériques (DSA), qui impose aux plateformes accessibles aux mineurs de mettre en œuvre des mesures appropriées et proportionnées pour garantir un niveau élevé de protection de leur vie privée, de leur sûreté et de leur sécurité.


Sur le plan répressif, la coopération internationale demeure indispensable. Interpol et Europol contribuent notamment aux échanges d'informations et aux enquêtes visant les réseaux criminels impliqués dans la production et la diffusion de contenus pédocriminels.


En France, plusieurs dispositions du Code pénal sanctionnent les comportements constitutifs d'exploitation sexuelle des mineurs, notamment celles relatives aux images pornographiques de mineurs, à la sollicitation sexuelle, au chantage et aux violences sexuelles.


La jurisprudence joue également un rôle important dans l'application de ces qualifications aux pratiques numériques.


Dans un arrêt du 14 janvier 2026 (n° 25-87.199), la chambre criminelle de la Cour de cassation a confirmé que des actes de pénétration sexuelle imposés à distance à une victime et réalisés par celle-ci sur elle-même pouvaient recevoir la qualification de viol, même en l'absence de contact physique avec l'auteur présumé.


Cette qualification suppose que les éléments constitutifs de l'infraction soient réunis, notamment la violence, la contrainte, la menace ou la surprise. La décision illustre ainsi la prise en compte, par le droit pénal, des violences sexuelles exercées à distance au moyen des technologies numériques.


La cyberpédocriminalité constitue donc un défi majeur pour la protection des mineurs. Face à l'évolution rapide des technologies, notamment de l'intelligence artificielle, la prévention, la responsabilisation des plateformes et l'application effective du droit pénal doivent progresser conjointement afin de garantir la sécurité et les droits fondamentaux des enfants dans l'environnement numérique.

 

LOCK-T, avec la participation de Assia Ozmanyan, stagiaire

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